Laurie Mika est une artiste un peu à part dans le monde de la pâte polymère, puisqu'elle utilise cette matière comme le support privilégié de sa peinture et de ses créations de mosaïques mixed-media.

Plasticienne généreuse dans la transmission des techniques qu'elle a développées, dans son livre "Mixed Media Mosaics" ou au cours des stages qu'elle anime aux quatre coins du monde (dont Reims en septembre 2008 : des photos par ici, ici et ), elle a bien voulu répondre à quelques questions pour notre journal :

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Laurie, peux-tu nous retracer ton cheminement artistique et de ce qui t'a amené à utiliser la pâte polymère d'une façon aussi particulière ?

Aussi loin que je me souvienne, j'ai grandi en peignant et en dessinant. J'étais la reine du gribouillage ! J'ai pris seulement un cours d'art plastique au lycée mais quand je suis arrivée à l'université j'ai étudié l'art et j'ai adoré tous les cours de peinture que j'ai suivis. Après la "graduation" de la fac, j'ai travaillé quelques années dans une galerie d'art, et à cette période j'ai continué à peindre des toiles.

Ma première expérience en argile polymère, c'est un cours de millefiori que j'ai pris il y a environ 18 ans. J'avais vu des bijoux incroyables réalisés à partir de cannes et j'ai voulu savoir comment c'était fait. Après ce premier cours, je n'a jamais réalisé d'autre canne !

Ce qui m'avait initialement attirée vers la pâte polymère, c'est que les premières cannes que j'avais vues ressemblaient à de petits patchworks, et qu'à l'époque je peignais de grandes toiles qui ressemblaient elles-mêmes à des patchworks. Ces peintures avaient une allure très contemporaine, avec des morceaux de toile lavée et peinte, découpés en petits carrés et cousus sur une toile plus grande.

Et puis j'ai commencé à expérimenter la peinture sur tissu et créé une ligne de vêtements ; j'ai constaté que les boutons fabriqués à partir d'argile polymère étaient parfaits puisqu'ils pouvaient être lavés et que je pouvais les peindre pour les assortir aux tissus.

Quel parcours depuis ces premiers boutons ! Tu nous racontes ?

Ce que je fais aujourd'hui fait partie d'une l'évolution qui a débuté avec ces petits boutons peints ! J'ai transformé quelques boutons en leur donnant une forme carrée, et je me suis dit que cela faisait de bien belles tesselles. J'ai utilisé ces premières tesselles peintes à la main pour embellir des boîtes, puis j'ai essayé de les assembler sur une plaque de bois. J'ai aimé le rendu, et d'ailleurs j'ai conservé cette toute première mosaïque ! Et même si cette première mosaïque est assez basique, elle contient déjà tous les éléments essentiels présents dans mon travail d'aujourd'hui ! C'est vraiment par un processus d'essais et d'erreurs, en voyant ce que fonctionne ou non, par l'expérimentation et le jeu que j'en suis venue à créer aujourd'hui mes mosaïques mixed-media.

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Il y a environ six ans je me suis acheté mon premier tampon en caoutchouc, et cet achat a marqué mon entrée dans un monde entièrement nouveau, celui du mixed-média et des arts altérés. C'était un monde dont j'ignorais jusqu'à l'existence.

C'était en 2003 et jusqu'alors, ma carrière artistique était très localisée. Je participais aux expositions d'art locales, j'exposais mon travail dans quelques galeries, et j'avais un site Web. Et c'était tout. Peu de temps après avoir commencé à employer des tampons dans mon travail, je suis entrée en contact avec un groupe d'artistes qui étaient impliqués dans l'enseignement, au cours de stages artistiques. Ces stages sont incroyables parce qu'il s'agit d'un groupe, pas moins 600 personnes ayant la même façon de penser, et qui se réunissent pour des activités artistiques, dans un environnement merveilleux et stimulant. Les ateliers sont fabuleux. J'essaye généralement de suivre un atelier lorsque j'ai terminé mon propre cours … c'est une friandise pour moi ! J'ai appris beaucoup de techniques formidables que j'ai incorporées à mon propre travail. Et c'est même une de mes stagiaires qui m'a recommandé à mon éditeur North Light Books. Ils m'ont contacté et puis voilà, je me suis retrouvée à écrire un livre !! C'était une grande expérience et je suis prête à la revivre encore !

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Bien que nous puissions déjà en deviner certaines, peux-tu nous parler des sources d'inspiration qui influencent ton travail ?

Il y a beaucoup de choses qui m'inspirent et influencent mon travail. Une des plus grandes influences est l'art médiéval et l'art de la Renaissance. J'aime ces panneaux, objets de dévotion plats et dorés, et leurs surfaces richement décorées. J'aime particulièrement les reliquaires anciens et les manuscrits enluminés. La plupart des pièces que je réalise sont des icônes ou des sortes de reliquaires, mais elles ne sont pas nécessairement des objets de dévotion ! Une autre source d'inspiration est l'art populaire mexicain, et en vivant à San Diego, si près de la frontière, j'ai pu m'y rendre de nombreuses fois. Lorsque je voyage, je recherche toujours des "trésors" à inclure dans mon travail et j'ai constaté que la pâte polymère était un support parfait pour incruster des objets. Pour cette raison, ma production artistique a gagné une qualité narrative dans laquelle chaque élément raconte une histoire.

J'aime la polyvalence de la pâte polymère et je m'efforce toujours de repousser ses limites. J'aime modifier la surface crue de la pâte et faire des expériences d'effets de surface. Je suis fana de feuille d'or en ce moment ! Je pense que mon approche de la polymère est un peu différente de celle de la plupart des gens parce que je ne me soucie pas vraiment de la couleur de la pâte pour la conception, mon intérêt est plutôt d'en modifier la surface en la peignant.

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Si j'ai bien saisi ton rythme de vie actuel, les projets et les opportunités ne manquent pas pour les mois à venir ?

Actuellement je jongle avec beaucoup de balles ! Après un été de détente agréable, j'ai repris le travail à plein temps, dans mon studio, et ce sont vraiment des moments que j'adore, lorsqu'il s'agit juste de "jouer". Et puis j'ai un programme de cours qui va me faire voyager dans le Colorado, le Wisconsin et Baltimore, et en début d'année prochaine je pars pour donner un cours en Australie (youpiii !) Cependant, ces jours-ci je ressens la pression d'essayer de tout gérer en même temps. Souvent je suis frustrée par le manque de temps dont je dispose pour créer réellement. Il y a toujours des propositions sur lesquelles travailler, des expositions auxquelles se préparer, des opportunités à rechercher. Mais j'aime ce que je fais et je ne l'échangerais pour rien au monde, en particulier parce que j'ai ainsi la chance de voyager au delà des mers, et de rencontrer des personnes merveilleuses ! (comme toi !)

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Un grand merci à la charmante et infatigable Laurie de s'être prêtée à cette interview.

Vous pouvez retrouver son travail expliqué en images dans son livre Mixed Media Mosaics ;
un de ses projets figure également dans le livre
"taking flight" de Kelly Rae Roberts

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Photos : collection privée Laurie Mika, reproduction interdite pour tous pays

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